Praticiens en panique!

Hier soir, j’étais au téléphone avec une jeune praticienne en hypnose. Cette praticienne veut s’inscrire à un de mes stages et elle avait besoin d’informations. On a échangé sur sa pratique et c’était très intéressant parce que son histoire rejoint celles de nombreux praticiens.

 

Cette jeune praticienne (au sens de débutante) a une expérience d’une douzaine d’année en tant que psychologue, elle s’est formée récemment à l’hypnose. On a donc une personne qui détient un bagage ben plus solide que la plupart des praticiens que je connais, ainsi qu’une expérience dans l’accompagnement des personnes.

 

Et pourtant, elle n’arrive pas pratiquer l’hypnose, ou alors avec beaucoup de difficultés. Des difficultés pour « synchroniser » la psycho et l’hypnose ensemble, et difficultés pour pratiquer l’hypnose seule.

 

Plusieurs raisons à ça: une pression énorme sur le résultat rapide, une pression écrasante pour savoir si les gens vont entrer en transe et pour arriver à identifier les signes extérieurs de l’état hypnotique. Et à la fois en cause et conséquence de ces blocages, un manque d’assurance qui augmente, et qui rend la pratique de plus en plus difficile.

 

 

Ca, c’est un ensemble de blocages courant, on n’a pas le problème de la légitimité, puisque cette personne est déjà bien installée dans sa pratique de relation d’aide.

Au niveau technique, il y a d’autres freins: arriver à sortir des protocoles, et la confusion devant le choix quasi illimité de techniques, scripts et protocoles.

 

Pour reprendre ses mots, elle est en panique.

 

Je suis parvenu à la rassurer par cet échange téléphonique, et on continuera le boulot pendant le stage. Bref, je me suis dit que ça valait le coup d’en parler, puisqu’elle est loin d’être la seule dans cette situation.

 

 

Croyances limitantes

 

Tu connais cette expression: croyances limitantes. On va s’intéresser aux croyances qui te limitent dans ta pratique de l’hypnose (si tu te reconnais dans l’histoire de cette jeune praticienne).

C’est que dans le monde de l’hypnose, il y a un système de croyances toutes pourries, qui ne sont pas démenties, voire qui sont relayées par les écoles d’hypnose.

 

Pour faciliter le recadrage, je propose d’utiliser le terme « idées reçues » plutôt que « croyances ».

 

Des idées reçues, tout le monde en a quand on parle d’hypnose, mais pas seulement le grand public. Les praticiens aussi, et c’est un problème, parce qu’ils diffusent ces idées reçues à la clientèle.

 

Comme j’interprète les choses, il y a 2 groupes d’idées reçues: la notion de résultat radical immédiat et la notion d’état hypnotique.

Dans les lignes qui suivent, je vais décrire les problèmes d’idées reçues, et je te proposerai mes solutions

 

La norme de résultat

 

L’hypnose, c’est rapide. Pas besoin de passer des années en thérapie, une séance peut suffire pour stopper un problème ancien et profond. C’est sûr qu’on a envie d’y croire, mais est-ce vraiment crédible?

 

Cette idée-là, on te la vend dans les magazines féminins, dans les émissions de TV, sur les sites d’hypnotiseurs, dans les programmes de formation. Et forcément, quand tu payes des milliers d’euros pour apprendre à hypnotiser, tu n’as aucune envie ni possibilité d’entendre que c’est faux. Disons que c’est partiellement vrai.

 

C’est que les articles grand public et les formateurs mainstream ne te parlent que des cas où ça fonctionne, parfois en exagérant , ou simplement en occultant les échecs. Pourtant les échecs existent, et c’est peut-être ça la norme: l’échec.

Prends le tabac par exemple, la norme, c’est que la plupart des fumeurs n’arrivent pas à décrocher. Et même avec l’hypnose, l’arrêt n’est ni acquis ni garanti. D’abord parce que les gens en attendent beaucoup trop de l’hypnose (puisqu’on survend le résultat, on est responsable de ces attentes excessives), ensuite parce le tabac est une addiction complexe qui demande une motivation extrême pour s’en libérer.

 

Tu prends un fumeur qui consomme 2 paquets par jour depuis 20 ans, et qui arrête suite à une seule séance d’hypnose. Ca lui a quand même pris 20 ans pour arrêter.

J’en ai parlé récemment dans une vidéo de formation , on a besoin d’avoir des critères d’efficacité pour avoir une pratique cohérente. On ne devrait pas se baser sur des idées reçues et des discours de vente de formation, ni se baser sur le ressenti immédiat de la séance.

 

Les attentes excessives du client, et surtout les attentes excessives du praticien sont un vrai problème. Quand tu apprends l’hypnose en formation, tu acquiers des références: transe facile, rapide et profonde, impression de résultat radical immédiat. Mais c’est complètement biaisé: ce que tu observes en démonstration ou en exercice n’est pas représentatif de la pratique réelle.

Les camarades stagiaires sont coopératifs, ils sont convaincus d’avance par effet d’attachement à leur choix de formation. Il y a d’autres facteurs qui viennent biaiser tes références: le fait de passer des jours, des semaines en transe, avec des ancrages sur l’endroit, les personnes, etc.. le fait d’être dans un environnement inhabituel, et un effet de « compétition » de celui qui vivra l’expérience la pus intense.

 

Pour bien faire, il faudrait passer au moins une journée entière sur le pré-hypnotique, et recadrer les idées reçues, mais ça ferait diminuer l’effet gourou.

 

Quelles sont les solutions possibles? J’ai une formation, et même plusieurs à te proposer, qui te permettent de gagner du temps. On en parlera après.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que toute cette pression sur le résultat radical immédiat, c’est un ensemble d’idées reçues. L’hypnose n’est ni magique, ni particulièrement rapide.

Le résultat radical immédiat existe, mais ce n’est pas la norme. La norme, c’est la résistance. Quand tu as compris ça, tu as fait 90% du boulot.

 

 

 

La transe

 

« état d’hypnose », « état modifié de conscience », ces formulations sont un cancer pour la pratique. La notion d’état est tellement trompeuse que même les praticiens s’y perdent. Et c’est normal, parce que ça ne veut rien dire.

Le principal problème avec le terme « état », c’est qu’il implique un ressenti particulier, généralement associé à des références inexactes: les effets spectaculaires de l’hypnose de spectacle, l’endormissement, la maléabilité et l’amnésie post-hypnotique, entre autres.

Ajouté à ça, toutes les généralisations sur les signes physiologiques et les niveaux de profondeurs, la classification par phénomène hypnotique, ça nous donne un bon stéréotype dans lequel la plupart des gens ne se retrouve pas.

 

Il n’y a pas de norme en hypnose. Il n’y a aucune raison pour que tout le monde réagisse de la même façon. Tout le monde n’a pas un ressenti pendant la transe, même si on observe des signes physiologiques.

Tu prends les inductions instantanées par exemple, quand tu vois une personne entrer en transe en quelque secondes, c’est très spectaculaire, l’effet de relâchement musculaire, la tête qui tombe et tout, mais la personne n’a pas de ressenti particulier par rapport à ça, elle entre juste en transe d’une façon très visuelle.

C’est qu’en transe, on est conscient. Parfois on est conscient de choses différentes, mais ce n’est pas toujours flagrant. Les pensées, l’analyse ne s’arrêtent pas forcément. La pensée, l’attention sont orientées différemment, mais n n’est pas dans un « état » différent. On devrait plutôt parler de processus de transe, plutôt que d’état.

Le problème, c’est d’avoir une définition stéréotypée du processus de transe, comme si il y avait un genre de norme. Là encore, il n’y a aucune raison pour que tout le monde le vive de la même façon.

Et ça met une pression écrasante sur les praticiens. Alors que c’est le moins important. Je sais que ça paraît bizarre en hypnose, de dire que l’état hypnotique est l’élément le moins. Pourtant, si on ramène l’idée d’état de transe à la définition généralement enseignée, on est en transe à peu près tout le temps: en voiture, quand on lit, etc.. Rien d’inhabituel, en fait.

A coté de ça, on retrouve cette idée reçue que le fait d’être en transe fait quelque chose. Mais en réalité, c’est l’exploitation de la transe qui crée le changement.

Je reprends une formulation de Bandler et Grinder, fondateur de la PNL et de l’hypnose ericksonienne:

« La transe permet de ralentir et d’amplifier les processus. Ce qu’on fait en hypnose, on peut le faire pendant une conversation normale. »

 

Là aussi, un travail approfondi sur le pré-hpynotique peut faire la différence entre un praticien en panique et un hypno qui est à l’aise avec sa pratique.

 

La manière dont on définit la transe change complètement la donne, mais c’est aussi une question de cadre et de posture. Ca n’a rien d’intuitif. Ca s’apprend et ça se travaille à partir d’éléments que tu peux apprendre dans les vidéos de formation que je propose tous les mois.

L’hypnose est un cadre de travail et la manière dont tu définit et délimite ton cadre te place dans une zone de confort ou dans une zone de panique.

 

Le problème du choix

 

Une des limites du travail par protocoles, c’est que la plupart des jeunes praticiens ont l’impression que pour chaque situation , il existe un protocole particulier. C’est un problème d’équilibre dans l’enseignement de l’hypnose. Trouver l’équilibre entre avoir un éventail technique assez large et approfondir les bases, c’est la principale difficulté pour les formateurs. Malheureusement, la tendance est au travail en largeur plutôt qu’en profondeur. Il vaudrait mieux apprendre à faire seulement des désactivations d’ancrage et à adapter la technique à chaque demande.

Ca paraîtrait un peu trop simple et ce serait difficile de justifier les prix souvent scandaleux des formations mainstream.

Pourtant, un nombre restreint de protocoles permet une plus grande liberté de mouvement et l’adaptation est simplifiée, en se débarrassant du problème du choix.

Quand on débute, on a envie de tout apprendre et de tout tester. Et des protocoles, tu peux en apprendre 10 par jour si tu veux. Le problème, c’est que tu te retrouves rapidement dans la situation où tu ne sais plus quoi faire, par excès d’options.

Je dirais que le choix d’une technique se définit surtout par l’élimination. Quand tu choisis une technique, tu choisis de ne pas utiliser toutes les autres.  Pour épurer ta pratique, je t’invite à commencer par lister toutes les techniques que tu ne comprends pas vraiment, ou avec lesquelles tu n’es pas vraiment à l’aise, celles où il y a trop d’étapes, ou qui ne te paraissent pas adaptables à de nombreuses situations, et à y renoncer définitivement.

Ta compétence en tant qu’hypnotiste ne se définit pas par le nombres de protocoles que tu connais, mais plutôt par le nombre de protocoles que tu as éliminé de ta pratique.

 

Pas facile de faire ce genre de choix, je sais. C’est une question de maturité. Ca vient avec le temps.

 

 

Biais de complexité

 

Je te disais que ce que tu apprends en formation, ça te met des références qui vont influencer ta pratique. Pour moi, il y a 2 profils de formateur en, hypnose.

Le premier type, c’est celui, quand tu le vois faire une démonstration, tu te dis « Je ne pourrai jamais atteindre ce niveau »

Le deuxième, c’est celui , quand tu le vois faire une démonstration, tu te dis « Je peux en faire autant ».

A ton avis, c’est lequel le meilleur?

 

J’en ai entendu des praticiens qui s’émerveillaient devant tel ou tel formateur, en disant à quel point il était bon et dépassait tout le monde. Mais ce n’est pas ce qu’on te demande quand tu enseignes aux autres. J comprends qu’un formateur a envie de faire briller son ego, mais ce genre d’attitude fait croire aux gens que l’hypnose est compliquée.

Et avec une référence comme ça, comment veux-tu que les gens arrivent à pratiquer?

 

Le rôle d’un formateur, c’est de te faire économiser le temps et l’effort que tu dépenserais si tu devait tout découvrir par toi-même. Si une formation ne te rend pas les choses accessibles, c’est contre-productif.

 

Bien sûr, ce serait une grossière erreur de tout mettre sur le dos des formateurs. Beaucoup de praticiens ont ce besoin de reconnaissance qui les pousse à vouloir que tout soit difficile et compliqué. Il y a aussi des gens qui sont plus ou moins synthétiques dans leurs apprentissages.

Ca m’a beaucoup étonné les retours que j’avais pendant mes premières formations, que je travaille avec des néophytes ou des gens plus expérimenté, les gens disent souvent « En fait, c’est simple ». Oui, c’est simple.

Si tu ne comprends pas quelque chose en hypnose, c’est qu’on te l’a mal expliqué.

 

 

C’est tout ce que j’ai à dire là-dessus pour aujourd’hui, j’espère que ça te fait réfléchir et que ça t’aide un peu.

 

Merci de ton attention, belle journée.

 

Manu