ancrages

Aujourd’hui, on parle des ancrages. Un concept simple qui permet des applications très nombreuses. Les techniques d’ancrages sont simples, rapides et efficaces. Ce serait dommage de s’en passer.

Pour moi, c’est tellement évident d’utiliser les ancrages, je pensais que tous les hypnos connaissaient ça. Et en fait, ce n’est pas le cas. J’ai reçu ce message hier matin:

 

Bonjour,

 

J’ai acheté hier un pack de formation poids-tabac et phobies,  pour l’instant je n’ai eu que le temps de suivre la formation poids c’est vraiment une très bonne formation.

Dans ma formation initiale, je n’ai pas appris la désactivation d’un ancrage, j’ai compris le principe mais est-ce que ce serait possible d’avoir un texte où le protocole est écrit ? Sinon, dîtes moi dans quel livre vous avez écrit où le protocole est répertorié.

 

Merci d’avance.

 

Je vous souhaite une bonne journée.

 

Cordialement.

 

 

Ok, donc il y a des formations qui n’enseignent pas les ancrages. Ca me surprend, et en même temps, il y a tellement de possibilités en hypnose, que rien n’est indispensable.

D’ailleurs, avec les ancrages, on est peut-être plus dans le monde de la PNL que de l’hypnose pure.

Et en fait, quand j’y pense, même si la plupart des hypnos connaissent plus ou moins ce principe, il n’y en a pas tellement qui l’utilisent.

C’est dommage, parce qu’avec ça, tu peux gérer la majorité des demandes. Plutôt que de demander des scripts à la dernière minute, quand on ne sait pas quoi faire, on peut toujours utiliser les activations/désactivations d’ancrage. Ca ne fait pas tout, et souvent on a besoin d’aller plus en profondeur.

Je dirais que c’est une bonne habitude de toujours commencer par les techniques les plus simples et rapides avant d’aller vers des approches plus complexes. On s’aperçoit la plupart du temps, que les techniques basiques suffisent.

J’en avais parlé dans ce podcast, et aujourd’hui, j’en reparle, d’une manière un peu différente.

 

 

Les ancrages, de quoi on parle?

 

Le terme d’ancrage désigne à la fois un concept et un ensemble de techniques utilisées en hypnose/PNL, un effet naturel d’association entre un déclencheur et une réaction.

 

Par exemple, quand je m’assois sur mon fauteuil de praticien, mon attitude change en une fraction de seconde.En un instant je deviens attentif et concentré. Le fauteuil est un ancrage, c’est-à-dire que mon cerveau a associé le fauteuil avec un processus interne complexe.

 

Autre exemple: à une époque, je me déplaçais régulièrement entre Mâcon et Bourg-en-Bresse, parce que j’avais une copine là-bas. Quand j’étais sur la route de Bourg, j’étais tout excité parce que je savais que j’allais ..voilà, quoi ^^

Quelques temps après notre rupture, je continuais à aller régulièrement à bourg parce que j’y avais mon deuxième cabinet. Quand le traversais les villages, ça me rappelais mon ex, et ça me rendait triste.

Au bout de quelques temps, ça ne me rendais plus triste, mais ça me mettait en colère (on avait une relation assez conflictuelle). Puis au bout d’un moment, ça ne me faisais plus rien.

 

Qu’est-ce qu’on apprend avec ces exemples? D’abord qu’un déclencheur très simple peut activer instantanément des processus complexes: émotions, comportements ou  changement d’état mental.

 

Et aussi qu’avec le temps, un même déclencheur peut activer des processus différents. Enfin, ça nous montre qu’un ancrage se désactive ou se renforce naturellement avec le temps, en fonction de ce qui est associé au déclencheur.

 

Différents types d’ancrages

 

Notre esprit fonctionne sur un système d’ancrages. Par réflexes conditionnés. La madeleine de Proust ou les chiens de Pavlov,  ça nous parle d’ancrages.

 

Notre cerveau associe un peu tout et n’importe quoi, ça permet de créer des raccourcis. Les ancrages se mettent en place par répétition ou/et par intensité.

Si je fume une cigarette après le café, tous les jours pendant 20 ans, le café va me donner envie de fumer. Le café est un ancrage pour la cigarette. (répétition)

Si j’ai un accident de voiture, je peux développer une peur panique de la voiture ou des moyens de transport en général. Par effet d’ancrage. (intensité)

Imaginons un père de famille qui rentre du travail tous les jours à 19h, il se verse un triple whisky, il écoute une chanson de la Compagnie Créole, et il tape sur sa femme. Tous les jours, pendant des années. Pour la femme, l’odeur du whisky , la Compagnie Créole ou le fait qu’il soit 19h, peuvent devenir des ancrages qui la mettent dans un état où elle est terrorisée. (répétition et intensité).

Dans ce dernier exemple, si la femme n’a pas réagi la première fois que son mari lui a tapé sur la gueule, il y a des chances pour qu’elle ne réagisse pas non plus les fois suivantes. La situation est associée à un certain type de comportement qui va rapidement devenir automatique.

 

 

Un ancrage ça peut être une odeur, une chanson, un visage ou un type de visage, une ambiance, un geste, une image ou encore une couleur. Les possibilités sont illimitées.

 

Une première étape dans l’approche par les ancrage peut être de recueillir le plus d’informations possibles sur la manière dont les émotions ou comportements se déclenchent chez la personne.

Prenons l’exemple d’une personne qui a des compulsions alimentaires: la personne rentre chez elle après le travail, fait se trucs du soir, et quand les enfants sont couchés et qu’elle se retrouve seule sur son canapé devant la télé, elle a un sentiment de solitude profonde et une envie irréppressible de se gaver de Pépitos.

Qu’est-ce qui déclenche la compulsion ou l’émotion associée à la compulsion? Le canapé, la télé (et peut-être les pubs?), le fait d’être seule et inactive, le moment de la journée?  Certainement tous ces éléments à la fois.

Le fait de désactiver cet ensemble d’ancrages négatifs peut suffire à enrayer le comportement compulsif, ou au moins à le réduire. Ca ne fait pas toujours 100% du boulot, mais ça permet souvent d’obtenir un premier résultat immédiat acceptable.

 

 

Activation/désactivation d’ancrage

 

Un point intéressant avec les ancrages, c’est qu’on n’a pas besoin que la personne soit en transe pour les utiliser. Ca fonctionne aussi quand la personne est en transe, mais le fait d’être en transe n’apporte rien, à part peut-être un ressenti plus intense.

En quoi c’est un avantage quand don fait de l’hypnose, de ne pas hypnotiser quelqu’un? Ca permet au moins d’ouvrir une question importante: en quoi la transe est-elle vraiment nécessaire, et pour qui? (on en reparlera une autre fois)

 

Avant de parler d’activation/désactivation, on va commencer par distinguer 3 types d’ancrages, pour s’y retrouver:

 

-Les ancrages positifs (émotions et sensations agréables, comportements ou états d’esprit adaptés)

-Les ancrages négatifs (émotions et sensations pénibles, comportements ou états d’esprit inadaptés)

-Les ancrages neutres (pas d’émotion ni de sensation particulière, absence de réaction, état d’esprit neutre)

 

En fait, la notion de désactivation est inexacte: on ne désactive pas un ancrage, on le remplace. Un ancrage négtif peut être remplacé par un ancrage positif ou neutre, en fonction des besoins.

 

Par exemple, une personne est terrorisée par son chef de bureau. Elle n’arrive pas à refuser certaines conditions de travail même si elle est légitime de le faire. Le comportement du chef est un ancrage dans le sens où telle expression, tel ton de voix, active la réaction inadaptée de peur paralysante.

On ne va pas remplacer cet ancrage par un ancrage de fou rire ou d’apaisement. On va plutôt le remplacer par un ancrage neutre.

 

Autre exemple, une personne qui aime ses enfants mais n’arrive pas à profiter des moments passés avec eux, parce qu’elle est complètement épuisée. La présence de ses enfants la rend irritable. Dans ce cas, c’est logique de remplacer l’ancrage négatif par un ancrage positif de joie, bonheur, sourire, apaisement ou autre.

 

 

 

Le plus simple pour savoir de quoi la personne a besoin, c’est de lui demander directement:

-Comment vous vous sentez dans cette situation?

-Dans  l’idéal, comment vous voudriez vous sentir?

Et quand la personne répond « je voudrais me sentir comme ci ou comme ça », on peut enchaîner sur la question « Avez-vous un exemple de situation ou vous vous sentez comme ça? »

 

 

 

Quelques exemples d’application

 

 

Activer un ancrage négatif

 

Imaginons une personne qui veut arrêter de fumer. On peut placer un ancrage négatif sur la cigarette pour l’aider à passer la période de sevrage.

Etape 1: demander à la personne de penser à ce qu’elle trouve de plus dégueulasse et l’encourager jusqu’à constater une expression de dégout sur son visage

Etape 2: Taper dans les mains, très fort

Etape 3: Lui demander de penser à sa cigarette préférée (en général c’est celle du matin) et taper à nouveau dans les mains.

 

 

 

Activer un ancrage positif

 

Pour un ancrage positif général, il suffit de mettre la personne en transe profonde et de lui faire imaginer un endroit ou un souvenir agréable. On amplifie le ressenti par suggestion et quand on est au maximum de l’intensité, demander à la personne de serrer le poing (celui de son choix) pour ancrer les sensations.

La geste de contraction du poing servira d’interrupteur pour activer l’état positif. La personne pourra l’activer à volonté. L’ancrage reste actif tant qu’on l’utilise.

 

On peut « recharger » l’ancrage en l’activant dans les moments positifs. C’est comme le fameux geste de brandir le poing en disant « Yes! » quand on est content.

 

Cette approche fonctionne aussi hors-transe. J’ai une préférence pour l’utilisation des ancrages hors-transe, parce que c’est tellement simple et rapide que la personne ne comprend pas que ça puisse marcher, et pourtant ça marche! C’est ce qui donne un coté un peu magique à cette technique.

 

 

Remplacement d’ancrage (désactivation)

 

Reprenons l’exemple de la personne terrorisée par son chef de service.

Etape 1: identifier les ancrages négatifs (le visage, la voix, l’attitude du chef, le contexte, le lieu..)

Etape 2: identifier un ancrage de remplacement (ici, un ancrage neutre: quand la personne se brosse les dents, ou un truc insignifiant du même genre)

 

Etape 3: Activtion d’ancrage négatif par suggestion: pensez à cette situation, revivez les sensations, les pensées, etc.. comme si vous y étiez, jusqu’à un niveau qui reste supportable pour vous. Ancrer l’état en appuyant sur l’épaule gauche de la personne.

Etape 4: quand la personne est à la limite de ce qu’elle peut supporter, interrompre la séquence en lui demandant son numéro de téléphone ou de sécurité sociale (c’est absurde et inattendu, ça permet de revenir à un état neutre)

 

Etape 5: Activer l’ancrage neutre par le même procédé: pensez à la dernière fois que vous vous êtes brossé les dents, vous ne pensez à rien, vous ne ressentez rien, ça n’a aucun intérêt..  Ancrer en appuyant sur l’épaule droite.

Etape 6: Appuyer simultanément sur les 2 épaules, augmenter la pression sur l’épaule droite tout en relâchant la pression sur l’épaule gauche.

Etape 7: demander à la personne de repenser à son chef pour vérifier qu’elle y pense différemment.

Ca fonctionne exactement de la même façon pour remplacer un ancrage négatif par un ancrage positif (par exemple l’ancrage positif général).

On peut remplacer un ancrage positif par un ancrage négatif, par exemple pour aider une personne à se libérer de l’emprise d’une personne manipulatrice.

Un manipulateur peut te mettre dans un état particulier qui te rend impuissant à ses suggestions: par exemple, un conjoint violent qui te parle exactement de la même façon que quand vous êtes tombés amoureux, avec le même regard, la même voix, il active des ancrages positifs qui court-circuitent le cerveau logique.

Remplacer cet ancrage par un ancrage neutre ou négatif peut être extrêmement utile pour la personne.

 

 

Empiler les ancrages

 

On peut additionner plusieurs ancrages, soit pour augmenter la puissance d’un ancrage positif, soit pour désactiver des ancrages négatifs en série.

Une manière simple et rapide d’empiler les ancrages, c’est de faire remonter le temps à la personne:

« A partir d’aujourd’hui, vous allez remonter le temps en imaginant que le temps est un chemin, et chaque pas vous amène dans un moment précis de votre histoire. Quand vous arrivez sur un bon moment, vous l’ancrez en serrant le poing droit, quand vous arrivez dans un mauvais moment, vous serrez le poing gauche. Quand vous ne savez pas si le moment est bon ou mauvais, vous passez tout droit. »

 

La personne fait le travail, éventuellement avec un peu d’encouragements. Quand elle est arrivé au bout, la faire revenir sur un état neutre, en lui demandant de réciter l’alphabet à l’envers, par exemple.

Enfin, lui faire serrer simultanément les 2 poings, puis augmenter la contraction sur le poing droit tout en relâchant doucement le poing gauche.

(Par habitude, je définis les ancrages positifs à droite et les ancrages négatifs à gauche mais on peut demander à la personne de choisir. Après, il faut se rappeler pour chaque personne quel coté correspond à quoi)

 

 

 

Switch pattern

 

Le switch pattern, ou remplacement de séquence, est une variante de la désactivation d’ancrage. Plutôt que d’activer simultanément les ancrages positifs et négatifs, on va les activer et les amplifier alternativement. Jusqu’à ce que l’ancrage négatif devienne littéralement insupportable.

 

Cette approche utilise les réflexes de recherche de plaisir et d’évitement de la douleur. Dans une situation donnée, quand les ancrages s’activent, la personne n’a pas d’alternative. Ca va trop vite ou/et c’est trop intense.

 

Le principe de switch permet non pas de désactiver l’ancrage négatif, mais de créer un réflexe de passer du négatif au positif.

 

Exemple avec un ancrage positif et un ancrage négatif:

Etape 1 et 2: Faire ancrer l’état positif sur la fermeture du poing droit et l’ancrage négatif sur la fermeture du poing gauche.

Etape 3: faire revenir la personne sur un état neutre (par exemple en lui demandant de deviner ta couleur préférée)

Etape 4: suggérer

 

« Maintenant, vous aller fermer alternativement votre poing gauche et votre poing droit. Puis, progressivement, vous passerez un peu plus de temps sur le poing droit (positif) et un peu moins de temps sur le poing gauche (négatif). Chaque fois que vous serrez un poing, la sensation devient plus intense. Au bout d’un moment, vous n’aurez pus aucune envie ni possibilité d’activer l’ancrage négatif. Allez-y, à votre rythme »

 

C’est tout pour aujourd’hui, j’espère que ça t’aide à y voir plus clair, ou que ça te fait des rappels utiles.

 

 

Merci de ton attention, belle journée

 

Manu